Juste une envie de faire partager tous ces moments d'efforts en montagne.
4 Septembre 2017
La Traversée des Ducs de Savoie, épreuve réputée difficile et pourtant moins médiatisée que l’événement UTMB, avec ses 119 km et 7200 m D+, était l'un de mes objectifs de l'année avec une belle semaine avec la team Compressport France et Iswari.
Tous les voyants étaient au vert depuis mon arrivée à Chamonix, je prends même le temps de faire un bon kilo d'energy balls mardi en fin d'après midi au lieu de me reposer, qui seront prêtes à déguster lors de la présentation athlètes Compressport du jeudi matin. La nuit se passe plutôt bien. Je suis juste à l'heure pour retrouver Maud Gobert avant de traverser le tunnel du Mont Blanc, en ayant tout de même oublié la clé de la voiture à l'appartement puis l'ayant perdue dans la voiture (pas d'autre choix que de la laisser ouverte...). Duo de choc oblige, Maud ne retrouve plus sa genouillère mais l'a retrouve pendant mon échauffement.
Chacun rentre dans son rang à l'avant des 1700 coureurs, où ça se bouscule pas mal derrière la ligne élite entre planté de bâtons dans les bras et lâchage de grosses caisses. Le départ est donné dans les rues de Courmayeur à 6:00 sous un ciel à peine couvert, la tactique consiste a rester prudent durant 50km jusqu'à Bourg Saint Maurice. Je reste donc à proximité de Maud, les sensations sont super bonnes, je m'alimente et m'hydrate suffisamment sans m' arrêter aux ravitos de Checrouit, lac Combal et du Petit Saint Bernard. Je suis exactement dans les temps définis. Maud a prit les devants depuis le petit pont après Alpettaz avec 6' au Col du Petit Saint Bernard.
Avant même d'atteindre le ravito de Saint Bernard et d'attaquer la descente, je retire les dragonnes de mes mains et pense les ranger dans ma poche arrière, et me voilà parti sur la longue descente sur Bourg Saint Maurice. Je commence à ressentir un échauffement sous le talon sans doute du aux nouvelles chaussures récupérées la veille, ne comprenant pas trop pourquoi car je n'était pas encore assez fatigué pour réceptionner sur les talons.
Je me retrouve avec 5' de retard sur mon estimation à Bourg Saint Maurice pour avoir sauter dans le bassin de Saint Germain. Nicolas, mon assistant, vient à moi dans la zone pour me guider à la table comprenant de quoi refaire le plein avec un bout de tome de chèvre, une purée de patate douce curcumisée au lait d'amande, la St Yorre et flasque à l'eau de coco citron et autres energy balls pour tenir le coup au prochain rencart au Cormet de Roselend.
En me débarrassant de mes déchets, je me rend compte qu'une compote a éclatée dans mon dos et a tartiner l'iphone que je n'avais pour une fois pas mis dans une poche zip, et une de mes frontale. Premier événement qui te sort de la bulle... Je laisse la frontale sale à Nicolas sans même penser au règlement sachant que dans tout les cas elle ne me servirait pas puisque j'utiliserai la Nao bien plus puissante. Je laisse Nicolas plier bagage tandis que je sors de la zone ravito, où je subi le contrôle matériel où l'on me demande les deux frontales.
pour ne pas subir la pénalité, je tente en vain de joindre Nicolas déjà bien loin avec un téléphone ayant pris l’humidité (plus moyen d'entendre quelque chose et le tactile quasi obsolète). Nicolas arrive après 15 bonnes minutes. Je repars assez calme dans les rues de Bourg Saint Maurice et assez confiant pour la suite vu l'état de fraîcheur.
Effet kiss cool ou retour de boomrang dans les dents à la sortie des rues à l'embranchement de la montée quand je décide d'utiliser les bâtons. Les dragonnes sont introuvables!! plein d'interrogations me coupent dans mon élan. Où les avais-je rangées? les ai-je oubliées sur la table? Je me remémore la scène du ravito, aucun souvenir de les avoir vues pleine de compote. J'essaye avec beaucoup de mal de joindre Nicolas pour qu'il retourne au ravito et d'avoir sa réponse négative. Je pense les avoir perdues en route dans la descente mais comment?
J'avais tout misé sur les bâtons et la technique de ski alpi pour économiser de l'énergie en montée, c'est peine perdue. Je perds de temps à autre un bâton derrière, le mouvement n'est plus le même. Puis cette montée de 1000m sur 5km jusqu'au refuge de Plate est un vrai four après 12:30. J'ai beau me refaire à chaque passage ombragé avec un peu de courant d'air frais, et voyant bon nombre de coureurs tomber comme des mouches sur le côté ne donne pas cher de ma peau. Je limite mon hydratation pour ne pas avoir de problème de ventre plus tard, je sens une baisse de régime peu importante. Une décision de prévention avant la catastrophe comme il m'étais arrivé sur l'échappée belle, est prise avant la sortie de forêt pour faire une micro sieste de 15'. Je sors un peu du chemin pour ne pas être géné par les coureurs, dans l'herbe à l'ombre. J'entends tout de même les yeux fermés, la tête au sol, les vibrations des bâtons au sol des concurrents, c'est presque horrible pour moi. C'est comme si tu comptais les moutons pour t'endormir alors qu'ils s'affolent pour rentrer à l'abattoir.
Le réveil sonne, l'atmosphère lourd a remplacer mon coin bien choisi au frais. Mais qu'est-ce que je fous là? Rendors toi! Non lèves toi et pars! Rendors toi! Non bouges toi! Mais combien de gens sont passés? Je repars, en double quelques uns avançant comme des zombis, d'autres assis en plein soleil, ça n'avance rien et ça bouchonne. Dans quel troupeau suis-je tombé?
Le fort du Truc est difficilement atteint sur une allure qui n'est pas celle espérée. Le fort de Plate en vue est encore loin d'être atteint, le nombre de coureurs sur le bas côté me font perdre mon rythme qui n'était déjà pas bon sans les dragonnes. je me fais des petits arrêts comme tout le monde. C'est interminable comme section!
Enfin un point d'eau pour s'hydrater au fort de Plate! On se refait un petit nettoyage pour se réveiller au jet avant de reprendre le chemin bien moins raide, mais difficilement courant comme lors de la reconnaissance.
Je reprend gout à l'effort au Col de la Forclaz qui va m'amener sur les lacs en descente et me permettre de reprendre quelques places perdues. Je sais qu'il ne me reste plus beaucoup de temps pour aller au Passeur de Pralognan où François Hivert m'attend pour m'encourager, juste en le voyant le gout de l'effort reprend, bien que ces bâtons m'agacent.
Le moment tant attendu sur la descente surgit enfin, une délivrance en quelque sorte, où je vais pouvoir me refaire la cerise. Je manque limite de m'en coller une à la sortie d'un virage au col sur des bénévoles dans l'euphorie. Je me sens vraiment à l'aise sur les parties techniques et reprend du monde, François me suit à distance pour ne pas me pénaliser. Je retrouve pas mal de supporters sur la partie plate avant le Cormet, comme Nicolas, Stéphane, Eric, Nils puis Gaelle. Ça fait tellement du bien!
Je retrouve Alban avec qui j'ai fait pas mal de yoyo depuis St Benard et qui était aussi sur l'échappée belle (mieux que moi en montée mais moins à l'aise en descente), on discute, je n'arrive plus à manger avec la chaleur, j'ai sans doute trop bu car mon ventre est gonflé. Je me pose sur une chaise pour profiter des potes et raconter mes bourdes. Je reste un peu trop longtemps j'avoue mais il fait meilleur sous la tente.
Les autres me foutent dehors heureusement pour reprendre la course. J'ai déjà assez pris de retard comme ça. Difficile pour moi de pouvoir trouver le Col du Joly à 18:00 (il est déjà autour de 17:00). Je me reprend en main sachant que la montée au Col de la Sauce doit être posée en 30'. Bingo, dans les temps ! La descente sur la Gittaz se déroule un poil plus rapide que mon estimation. On retrouve un point d'eau au bassin avec quelques coureurs et Alban. On refait le plein. Je fais le malin en sabrant une bouteille de bière cachée par un bénévole, sur une barre à mine, en boit la moitié et en propose aux autres. Bizarrement personne n'a soif ... Je repars "refait" pour la montée la plus chiante du Beaufortain à mon gout. Et oui, de l'herbe, de l'herbe, rien que de l'herbe en vue pendant la montée, puis oh de la piste 4x4 et ses longues courbes interminables! Tellement gonflant que je me suis posé au sol quelques minutes à attendre un peu de pluie qui n'est jamais arrivée.
C'est à ce moment là que je ne me sent plus en course en regardant l'heure (19:00), pensant ne pas vouloir arriver à 4:00 du matin et enchaîner la tête dans le coaltar sur le stand, ça doit être ce qu'on appelle la "conscience professionnelle" (bonne excuse diriez-vous...). De plus, en retrouvant Alban sous le Col de la Fenêtre et en lui en touchant un mot, il me dit que son père sera aux Contamines et pourrait me ramener à la voiture que j'avais laisser ouverte (ça m'étais complètement sorti de la tête) et une excuse supplémentaire pour arrêter. Je préviens par SMS Fanny de Compressport qui serait prête à me tuer pour que je continue, mais manque de bol pour elle le téléphone s'éteint définitivement avant d'avoir plus d'encouragements, mais la décision était déjà prise. La nuit s'apprête à tomber avant la remontée mécanique. Je laisse Alban derrière moi, et retrouve Stéphane Vinot mal en point et qui avait une bonne longueur d'avance sur moi. Une fois au ravito je lui prépare un thé avant son arrivée à l'infirmerie et son abandon. Je m'en prépare un et le donne finalement à Alban qui songe définitivement à terminer à allure plus tranquille. Je discute un peu trop avec tout le monde sans prendre le temps de bien manger, oui oui j'ai mangé un snickers pendant qu'Alban s'en va, je reste bien 5' après son départ et fais quelques photos pour déconner.
Je m'étais donner entre 1:10 et 1:20 pour aller aux Contamines avec encore un peu de lumière du jour mais c'est en 1:30 après 21:00 que je cavale dans les racines en doublant une dizaine de coureurs fatigués dont Alban pour atteindre mon dernier objectif de la soirée. La frontale se met à clignoter en arrivant au ravito comme pour me confirmer le moment d’arrêter. Je me sens pourtant encore en forme pour continuer mais je m'habille un peu plus en attendant les 15' qu'Alban arrive pour trouver son père.
La course se termine pour moi après 16:20 d'effort sans être cramé et sans douleur, et surtout sans regret. Comme quoi, on change avec le temps et les priorités aussi. Seul point négatif étant le créneau midi/14:00 en plein soleil qui me pose défaut, fichue sieste...
Maintenant je n'ai plus que 3 semaines avant le dernier objectif pour faire 110 km et un sans faute en terrain inconnu, pour retrouver mes dragonnes.
Dédicaces spéciales à Gaëtan de TDR Albertville qui m'a dégoté une paire d'Inov8 au dernier moment, à l'hôtel EMHM la veille de course, à la dream team Compressport pour tout le matos et la semaine de folie (je confirme bien ce qui était mis dans le mail) au stand et en after, Guillaume pour il sait quoi, Benjamin d'Iswari pour ses supers aliments et sa bonne humeur, Nicolas pour l'assistance rêvée, Julbo pour la visue et superbe soirée, à ma coach Maud Gobert pour sa deuxième place et le chrono que j'aurai presque pu faire ;) et tous ceux qui ont suivi la course plutôt que de bosser et m'ont encouragés à distance.
Promis la prochaine je m'arracherai.
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UTMB® - Sommet mondial du trail-running,
UTMB® - Sommet mondial du trail-running du 28 aout au 3 septembre 2017